Sécurité française, l’impossible adaptation au modèle israélien ?

Sécurité française, l’impossible adaptation au modèle israélien ?

Après la vague d’attentat subie entre 2015 et 2017, la question d’adopter le modèle de sécurité israélien en France revient souvent. Mais le modèle israélien est-il vraiment un modèle de sécurité adapté à la France ?

            Un modèle de sécurité potentiellement adapté aux risques terroristes français

Le modèle de sécurité israélien semble adapté à la situation française.  On observe en effet une évolution des risques terroristes presque similaire entre les deux pays.

Les attaques terroristes auxquelles Israël a été confronté ses dernières années ont vu leur mode opératoire évoluer constamment, selon David Khalfa, chercheur associé du think-tank IPSE. Dans les années 70, il y avait des attaques de fedayin (combattant palestinien). Puis les années 90 et les accords d’Oslo ont vu éclore les attentats-suicides. Les années 2000 ont été le théâtre des intifada puis des attaques à la roquette et aux missiles du Hamas et du Hezbollah. Aujourd’hui, on observe une recrudescence des attaques à la voiture-bélier et au couteau.

Cette évolution n’est pas la même en France, mais elle s’en rapproche. Dans les années 90, des attaques à la bombe ont eu lieu, puis des attaques kamikaze (attentats du stade de France…), des attaques à l’arme automatique (attentats de Paris, terrasses de café), jusqu’à des attaques au camion-bélier (Nice 2016) et au couteau (à Saint-Etienne-du-Rouvray). Cette similitude entre les évolutions des modes opératoires des attaques pousse à imiter le modèle israélien.

            Mais un modèle qui est difficilement adaptable en France

Si le modèle israélien semble convenir à la menace terroriste en France de nombreux experts préviennent que ce modèle rencontrerait de nombreuses limites en France. C’est le cas de Claude Moniquet, ancien agent de la DGSE.

Selon lui, on pourrait adopter certains éléments du modèle israélien. On pourrait notamment s’inspirer de leur utilisation des technologies et du big data pour déceler une radicalisation. Pour François Heisbourg, on pourrait aussi observer comment les israéliens gèrent légalement le retour au pays de ressortissants israéliens engagés dans une organisation terroriste. Mais selon eux, en aucun cas nous ne devrions adopter entièrement le modèle israélien. La raison est simple : Israël et la France n’évoluent pas dans le même contexte.

D’abord, « les deux pays sont complètement différents, par leur taille et par la cause des attaques » selon Claude Moniquet. En effet, les attaques terroristes ont une origine politico-religieuse en Israël (issue du conflit israélo-palestinien) et s’inscrivent dans un contexte de guerre. Alors que les attaques en France relèvent plus d’un « mix de problèmes sociaux et globaux » toujours selon Claude Moniquet. Ensuite, les sociétés israéliennes et françaises sont fondamentalement différentes. La société israélienne, confrontée au conflit israélo-palestinien depuis 70 ans, est très résiliante et joue un véritable rôle dans le modèle sécuritaire. Une grande majorité des habitants a fait 3 ans de service militaire et est capable d’intervenir lors d’une attaque. Le port d’arme est d’ailleurs autorisé. En France, la situation est différente. La société n’a pas ce rapport très pratique et direct avec la lutte anti-terroriste.

Le modèle israélien est plutôt un “laboratoire”

Ainsi, selon les experts, il faudrait s’inspirer du modèle israélien. Mais en aucun cas, il faudrait croire à l’utopie qu’il est adaptable à la France dans son entièreté. Yossi Kuperwasser, chercheur associé à l’Institut National de Contre-Terrorisme, résume très bien la situation. Israël n’est pas un « modèle », c’est un « laboratoire » dont peuvent s’inspirer les politiques français.


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